
Maintenir et pérenniser l’atelier de pratiques artistiques à la maison d’arrêt de Metz en partenariat avec la DRAC Lorraine et le Ministère de la Justice.
Les enjeux de l’intervenant extérieur
L’intervenant extérieur revêt souvent une importance toute particulière dans un univers carcéral composé pour l’essentiel du personnel pénitentiaire et des détenus. La venue de personnes de l’extérieur est toujours un événement en soi, comme une petite percée sur le monde libre, plus exactement une percée du monde libre.
Le lien avec l’extérieur
Rencontrer et échanger avec un artiste venu du monde libre permet de maintenir ce lien essentiel et pourtant si fragile avec l’extérieur.
Artiste en détention : un rôle double
Que signifie pour un artiste, toutes disciplines confondues, intervenir auprès de personnes incarcérées ?
C’est accepter d’accueillir des publics non avertis, et c’est également individuellement accepter d’être personnellement de l’autre côté des barreaux.
De fait, cela équivaut à déjà accepter la notion d’enfermement et des règles très strictes. L’intervenant est bien souvent éducateur avant d’être artiste.
Je suis artiste plasticienne et j’anime depuis plusieurs années un atelier de gravure au quartier femmes à la maison d’arrêt de Metz. C’est ainsi que je définis mon travail, par ce rôle éducatif qui est le fondement même de mes interventions. Bien évidemment ce rôle est plus prégnant lorsqu’il est avec les adolescents (référence au milieu scolaire), puisque ceux-ci nécessitent d’être plus encadrés. Néanmoins, toute intervention dans un milieu aussi spécifique que la détention se double d’un long travail de socialisation. Bon nombre de détenus sont des individus socialement marginalisés que la détention désocialise encore plus. La participation à un atelier de pratique artistique et culturelle passe par un (ré) apprentissage du travail de groupe avec les exigences que cela implique : une concentration pendant un temps assez long, le respect de certaines règles éditées par l’intervenant, la prise en considération des choix des autres participants. Sans un minimum d’encadrement, l’atelier ne peut se dérouler correctement et profiter aux participants. Cela nécessite un accompagnement, celui de l’intervenant qui dans un premier temps est strictement pédagogique. Une fois la confiance instaurée et le cadre posé, l’intervenant peut se positionner comme artiste.
Il est important de prendre conscience, qu’en milieu pénitentiaire, le travail ne peut pas se dérouler dans les conditions matérielles et pratiques identiques à celles de l’extérieur et encore moins viser les mêmes résultats. Ce double postulat est très important.
Il y a une autre démarche à proposer où l’on s’éloigne de l’idée du résultat par exemple, il faut du temps pour ancrer des choses, être dans le sens des choses. Il faut s’éloigner de la production à tout prix, du résultat. Il faut laisser le temps nécessaire à chacun pour s’approprier le projet et s’engager dans une démarche artistique avant de penser à la réalisation finale. De plus, le travail artistique se fait au sein d’un groupe très hétérogène, constitué non par affinités ou selon une expérience pré-requise mais par les listes de l’Administration pénitentiaire. L’artiste joue un rôle d’autant plus essentiel qu’il canalise et harmonise toutes ces énergies pour optimiser la phase artistique de l’atelier.
L’objectif : Une rencontre avec l’artistique
Tous les participants aux ateliers artistiques proposés en détention ne sont pas personnellement dans une démarche de création ou de recherche artistique, les motivations sont variées. Mais certaines personnes découvrent ou redécouvrent à cette occasion une liberté d’expression par le biais de l’art qu’elles ne soupçonnaient pas. Une vraie fibre artistique se révèle pour certains, quand il se passe une rencontre entre la discipline et eux. Et certaines vocations peuvent naître, alors même que l’objectif initial pour l’atelier etching n’est jamais de faire des participants des artistes. Cependant, un tel constat reste agréable à faire pour l’intervenant qui a su susciter cette rencontre .
« linogravure », un mot bien obscur pour nous toutes mais teinté de magie. Nous nous laissons emporter, pourtant l’art de dessiner avait été laissé sur le bord de nos routes depuis bien longtemps. Notre salle d’activité toute bétonnée est devenue notre oasis ensoleillée. Notre gouge en main, ce n’est pas que le lino que nous avons creusé, ce sont nos émotions trop muselées qui ont été détachées. Au moment de découvrir nos œuvres, la confiance en nous même a été retrouvée. Alors merci beaucoup pour cette petite fugue en douce, cette évasion… «
Le texte a été édité dans le journal interne » HORIZON » de la Maison d’arrêt de Metz.

